Littérature

« Gardiennes de la Lune » – Stéphanie Lafranque, éditions Solar. (extrait)

Sorcières

« Ce mot se murmure dans un souffle. En lui-même il porte déjà le rite. « Sorcière » a été, est et sera ce qui reste de sauvage dans notre humanité. Une sauvagerie qui n’a rien de démoniaque, ni de barbare, plutôt une liberté, une émancipation, une capacité à s’assumer et à vivre en osmose avec les lois de la nature.

Des images de nos livres d’enfants, où elle n’est dépeinte qu’à travers sa laideur ou sa cruauté, aux figures contemporaines de la féministe assumée, la sorcière vient titiller l’imaginaire collectif. Lorsqu’on évoque, on pense à ces femmes qui, au coeur de la nuit, courent la lande ou se saisissent de leur balai pour pratique ensemble des rituels étranges. En coven (ou clan), elles se retrouvent lors des esbats à chaque Plein Lune, ou les des cérémonies de sabbats, qui sont un héritage des fêtes dionysiaques où l’on vénérait le dieu cornu, qui prendre au Moyen âge le visage du diable. Ainsi, la Lune est devenue un attribut de la sorcière au même titre que le chaudron, les plantes magiques, les cristaux ou le chat noir.

Mais au-delà de cette représentation folklorique, on ne peut évoquer cette figure sans parler de chasse aux sorcières et du sang qui a coulé sur nos terres occidentales des siècles durant. Car ce féminicide est né de la haine des femmes. Une haine ancestrale, qui prend sa source dans la Genèse, où Ève, porteuse de la faute originelle, fait de toutes les femmes des êtres mauvais par essence. Contrairement à la croyance répandue, le Moyen Âge ne fut pas le temps des grandes persécutions, lesquelles eurent lieu plus tard et prirent une dimension tout à fait effrayante entre la du XVème siècle et jusqu’au début du XVIIème. Il fallait que la société soit prête à commettre de tels actes, prête à accueillir un antiféminisme total, qui s’est appuyé sur une volonté de diviser les plus pauvres à une époque où la révolte grondait et d’ôter le pouvoir à ces êtres, considérés comme inférieurs, que sont les femmes. Celles que l’on accusait de sorcellerie étaient des paysannes, des guérisseuses, âgées pour la plupart, mais surtout sans tutelle masculine. C’est leur indépendance qui, aux yeux de la société, représentait un danger qu’il fallait éradiquer à tout prix. Sorcière-saga-sage-femme, tout était déjà là, dans les mots. On se tournait vers elles car elles avaient des connaissances en herboristerie et étaient souvent les seules, notamment dans les campagnes, à pouvoir soulager les maux. C’est l’Université, qui en voulant institutionnaliser la médecine l’arracha à ces femmes expertes pour la sceller sous l’autorité masculine. Dès lors, il ne restait plus qu’à les faire disparaître, étouffer leurs voix, brûler leurs corps. Puissante, la culture sorcière orale a, malgré cette répression terrible, traversé les siècles. Au culte du dieu Soleil et de la déesse Lune se sont agrégés différents rite qui permirent de continuer à faire circuler cette connaissance paganiste. Ainsi la Lune, son cycle et ses phases restèrent des repères essentiels indiquant le moment d’accomplissements des rituels et du travail énergétique.

Aujourd’hui, une nouvelle spiritualité s’élève autour de cette figure, qui combine reliance aux éléments, réappropriation du pouvoir féminin et conscience politique. Depuis le début du XXème siècle, un courant appelé « Wicca » s’est majoritairement développé dans les pays anglo-saxons, il existe plusieurs branches, mais toutes se réfèrent aux traditions paganistes, prônant un retour aux forces de la nature, une connexion aux éléments et une liberté de pratique. La femme, dans cette réappropriation de son pouvoir personnel, réinvestit la figure de la sorcière. Elle choisit de se construire non pas en opposition au masculin, mais plutôt d’équilibrer les deux polarités présentes en tout être et toute chose.

Si nous prenons conscience que notre engagement envers nous-mêmes et notre bien-être est un serment d’alliance avec la Terre qui nous porte, alors, plus que la jamais, la sorcière tient un rôle crucial dans notre système frappé de plein fouet par la catastrophe écologique. Par sa connexion et sa compréhension des cycles de la nature, elle n’a de cesse de plonger dans ses profondeurs pour tisser des liens entre la Terre-Mère et la Lune. Elle véhicule un rapport au monde fondamental, fait de respect, d’échanges profonds et incarne la notion d’écologie intérieure. »

Thérapeute formée en naturopathie et licenciée de psychologie, j'exerce en tant que praticienne et conférencière depuis octobre 2014. Sorcière moderne et militante féministe, mon travail s'oriente essentiellement autour de l'accompagnement de toutes les femmes, de la prise en charge des victimes de violences sexuelles et sexistes, de la santé au naturel, du bien-être menstruel et questionnements des personnes menstruées, de la créativité ainsi que des minéraux comme outils thérapeutiques.

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